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Abderrahim KENAÏSSI

 

 

 

 

Les sciences de l'éducation et de la formation ne serviraient pas vraiment la résolution des problèmes de l'éducation —comme l'échec scolaire ou l'adéquation pédagogique formation-emploi en formation professionnelle—, si elles ne devaient être que des sciences de l'analyse qui, les expliquant par des déterminismes sociologiques et psychologiques, ne feraient finalement que les justifier.

Ce que l'éducation requiert pour la résolution de ses problèmes, mais aussi pour l’accomplissement de ses missions sociales et notamment l'accompagnement des mutations paradigmatiques de notre temps, ce sont des sciences de l'action résolutoires des problèmes, qui soient donc des sciences de la conception de solutions satisfaisant les finalités désignées au système de formation, c'est-à-dire des sciences de l'ingénierie. 

Ce texte - extrait de mon mémoire de DEA (USTL-CUEEP, Lille, sept. 2000) - tente de repérer les filiations paradigmatiques qui donnent à l'ingénierie moderne sens et valeur de modèle alternatif, contrastant avec la conception ancienne de l’ingénierie comme science de l’analyse appliquée aux objets.

 

Introduction

1- L’ingénierie est construction de problème
plutôt qu’application de solutions.

2- Le problème est « une médiation de l’objet par le sujet
 qui prend toujours la forme du projet »

Conclusions

 Bibliographie

 

 

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  Introduction

En référence à l’idée de G. BACHELARD sur le « sens du problème » —qu’on peut comprendre comme une disposition de l’esprit à problématiser—, on propose d’appréhender l’ingénierie en première approximation comme méthodologie de problématisation.

Et qu’est-ce que problématiser ? Penser ou concevoir ou représenter ou modéliser les situations complexes qui font problème, au sens courant de renfermer des difficultés, en en posant le problème, au sens de formuler la question qui réclame réponse ou diagnostiquer le dysfonctionnement qui attend réparation ou élucider le besoin qui demande satisfaction…, le processus de questionnement engendrant la résolution. 

« Avant tout, il faut savoir poser les problèmes. Et quoiqu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas tout seuls. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit » (G. BACHELARD, la formation de l’esprit scientifique Vrin, 1938, p. 14)

Il fallait citer ce paragraphe dans son intégralité parce qu’il donne encore plus de champ à la portée épistémologique, déjà percutante, des bribes de phrases célèbres et souvent citées que nous en connaissons.

On observera ainsi que la  primauté qu’on y repère de l’activité heuristique de construction du problème sur « le problème » lui-même est au fondement du statut épistémologique de l’ingénierie moderne : construction de problèmes plutôt qu’application de solutions (première partie). 

On observera aussi que ce déplacement de l’accent de la réponse à la question ne se justifie pas seulement par sa conformité au primat du questionnement sur la solution, dans l’ordre cognitif de la problématisation, mais aussi par sa nécessité pour faire face au « défi de la complexité » (MORIN, 1990). Or, la complexité est un trait caractéristique de la modernité, en entendant ce terme au sens philosophique. C’est une première raison qui nous fait parler d’ingénierie moderne, en référence à une exigence paradigmatique de fond au sens de T. KUHN, de préférence à nouvelle qui pourrait signifier effet de mode. Avec « la fin des certitudes » sur fond de mutations technologiques étourdissantes de rapidité et de profondeur, une « imprévisibilité essentielle » impose en effet à ce qui est devenu nos « société(s) du risque »Selon le sociologue allemand U. BECK (1986), « De la société industrielle à la société du risque », extrait reproduit dans LALLEMENT M., histoire des idées sociologique, tome 2, Nathan, 1993, p. 170 un impératif de vigilance à l’adaptation. Les problèmes y sont de moins en moins des réponses disponibles à des questions connues, de plus en plus une complexité à lire et à comprendre moyennant un travail de problématisation (ou exercices de modélisation) qui instrumente l’audit par l’écoute et l’observation, le regard systémique (globalisant), l’évaluation, l’élucidation, l’interprétation…, pour accéder à l’intelligence des problèmes.voir mon texte, « De la complexité » sur ce site.

A cette exigence de prise en charge de la complexité, la modernité ajoute celle de prise en considération du principe d’autonomie avec les thématiques : sociologique du « retour de l’acteur » ; philosophiques et psychologique du sujet ; scientifiques de la projectivité des systèmes vivants, biologique de la codétermination Individu-Environnement. C’est une deuxième raison pour parler d’ingénierie moderne : Il n’est en effet de problème que problématisé par et dans une « méditation de l’objet par le sujet qui prend toujours la forme d’un projet » (2), selon la dense formule du même G. BACHELARD (Le nouvel esprit scientifique, Vrin, 1934, p. 14)

  L’ingénierie est construction de problème 

  plutôt qu’application de solutions.

La problématisation décrit le processus de construction de la connaissance comme un continuum de questionnements et de réponses s’engendrant mutuellement. Ce que nous appelons un « fait » n’est jamais en effet qu’une question qui, ayant trouvé sa réponse, ne se pose plus ou, pour dire la même chose, une réponse qui, ayant satisfait une question, s’établit comme un fait ou comme une connaissance valides dans un statut autonomisé qui l’abstrait du contexte de sa production. Mais une chose est ce processus de production de la connaissance en tant qu’objectivation ou modélisation des savoirs et des faits ainsi produits, autre chose est la réification qui, les déconnectant de leur contexte de questionnement, les dogmatise dans un statut perpétuel de vérité autoréférée. 

 1.  Dans le premier cas, le savoir est l’action qui s’ingénie à « trouver ce qui n’existe pas et pourtant le trouver » ; ou l’intelligence Mètis qui ruse pour « aller droit au but par le chemin le plus court, c’est-à-dire le détour »Selon M. DETIENNE et J.-P. VERNANT, la Mètis, du nom d’une divinité grecque, est une intelligence pratique inscrite dans le corps, « qui combine le flair, la sagacité, la prévision, la souplesse d’esprit, la feinte, la débrouillardise, l’attention vigilante, le sens de l’opportunité, , des habilités diverses, une expérience longuement acquise » dans le rapport au réel  « où il n’est pas, pour le succès, de règles toute faites, de recettes figées, mais où chaque épreuve exige l’invention d’une parade neuve, la découverte d’une issue cachée » cf. JOBERT G., L’intelligence au travail, dans CARRE Ph. et CASPAR P., Traité des sciences et des techniques de la formation, Dunod, 1999, p. 212 ; ou encore l’Ingénium qui cherche et trouve, par raisonnement téléologique, des solutions convenables parce que effectives dans, et adéquates aux situations qui font problème.

Ici, le savoir tient sa validité non pas d’une vérité qui existerait en soi, mais de sa capacité à résoudre les problèmes selon un critère de « satisfaction » pragmatique, en référence au pragmatisme, de Ch. PIERCE, J. DEWEY et L. LAUDAN en particulier (GAUCHOTTE,1992), préfigurant —sans la recouper entièrement— l’épistémologie « problématiste et faillibiliste » de K. POPPERNonobstant le désaccord sur deux points de l’ordre pourtant fondamental de la méthodologie. 1. Le néopositivisme de K. POPPER reste positiviste sur l’obligation faite à la recherche scientifique de se fonder sur les seuls faits observés, et donc sur une logique de causalité qui ne fait pas place à la théorie pour construire les énoncés scientifiques. J. HABERMAS opposera à ce logicisme de K. POPPER, une position praxéologique qui fonde la validité des énoncés sur « leur valeur informative pour le contrôle et l’élargissement de l’action efficace »  2. Du coup, le fameux critère de « falsifiabilité » suscite certaines réserves critiques. cf. POURTOIS J.-P., et DESMET H., Épistémologie et instrumentation en sciences humaines, Margada, 1988, p.45. ( FABRE, 1999 ; BAUDOUIN, 1995 ; COMMETTI, 1994). On considère d’une manière générale que le savoir est biointégrable : au-delà des problèmes qu’il résout, il permet par mises en rapport et additions de significations l’émergence de nouveaux questionnements ; et « biodégradable » selon le mot d’E. MORIN, prolongeant K. POPPER : il vit jusqu’à sa mise en question par dépassement et autocorrection. Sa " vérité " signifie simplement que sa " fausseté " n’est pas encore avérée : il est donné « à titre d’essai ».

Évolutif donc, pour K. POPPER, le savoir est d’abord et plus radicalement encore révolutionnaire, selon T. KUHN étudiant « La structure des révolutions scientifiques, 1962 (Flammarion, 1972) »Trente ans plus tôt, G. BACHELARD pointait déjà le défilement successif des paradigmes. Le paradigme, il l’appelait « un discours sur la méthode scientifique [qui] sera toujours un discours de circonstance. Il ne décrira pas une constitution définitive de l’esprit scientifique… », observe LE MOIGNE, J.-L., Le constructivisme, tome1 : les fondements, ESF, 1994, p. 35 . Quand ce qu’il appelle un « paradigme » (noyau obscur de postulats qui ordonnent les discours théoriques à une certaine vision du monde à une époque donnée) est supplanté par un paradigme nouveau émergeant à la faveur de crises de désadaptation du paradigme dominant au regard de la nouveauté, il s’opère une rupture qui change la vision du monde. La science avancerait ainsi par sauts révolutionnaires plutôt que par rationalité progressive.

Évolutif et révolutionnaire donc, le savoir est aussi, et pour cela même, polémique et critique : sa vitalité tient à une « pluralité conflictuelle » régulée par le jeu intersubjectif de l’accord entre les scientifiques sur ce qui est scientifique (MORIN, 1990). L’objectivité n’est rien d’autre que l’expression de cette intersubjectivité, une entreprise de « coopération amicale-hostile » dira K. POPPER (cité dans BAUDOUIN, 1995).

 2.  Dans le deuxième cas, le savoir s’érige en dogmes explicatifs. Il est réponse préexistante à la question ou solution préalable à un problème non posé. Ici, l’action est l’application d’un plan, d’une méthode, d’un savoir nécessaire parce que présumé dire la vérité et incarner la bonne solution. 

Distinguons deux cas de figure d’application :

Soit que l’on considère qu’il n’y a pas problème, s’agissant de la reproduction d’une solution déjà éprouvée, par application de procédures, comme quand on reconduit un dispositif de formation par exemple; et c’est légitime dès lors que l’on intègre la temporalité. Sauf à risquer la menace de la désadaptation portée par l’incertitude et l’innovation permanente, la conception d’un système ne peut être tenue en effet pour un produit achevé. C’est sous ce rapport, me semble-t-il, que l’on peut parler d’ « ingénierie de procédures », l’ingénierie consistant ici à maintenir ouvert le processus de conception. Par exemple, et notamment, en suivant l’évolution des besoins dont l’expression recueillie au point de départ n’a rien d’un point fixe, contrairement à une conception statique qui s’acquitte de « l’analyse des besoins » comme d’une procédure définitive aux résultats immuables. La recherche ne manque pas de le signaler, qui constate que « la qualité » des systèmes se ressent d’une telle statique. (LE MOIGNE et BARTOLI, 1996, introduction)LE MOIGNE J-.L. et BARTOLI J.-A. (ed.), Organisation Intelligente et Système d’Information Stratégique, Economica, 1996. Car partir des besoins et s’y tenir c’est ignorer qu’ils sont mouvants du fait des variations de l’environnement bien sûr, mais aussi au regard de la manière dont les activités du système lui-même agissent sur ces besoins …en y répondant.

Bref, sans cette fonction adaptative, on conçoit mal une ingénierie qui ne serait pour ainsi dire qu’une technique de répétition contrôlée, quand bien même elle sera de la plus haute qualification. Et si l’on parle parfois d’ingénierie « de la planification ou de la résolution » ou de l’application ou des procédures, c’est moins pour en marquer le caractère ingénieural que pour la « contraster » à l’ingénierie moderne de « la finalisation » ou « de la compréhension » ou de la problématisation ou de la conception. Un auteur aussi averti que J.-L. LE MOIGNE est assez tranchant sur ce point : « Un technicien, fut-il polytechnicien, ou informaticien, n’est pas un ingénieur concepteur de système complexe, et les écoles d’ingénieurs… même grandes, se leurrent et leurrent les sociétés qui les supportent » (LE MOIGNE, dans LE MOIGNE et BARTOLI, 1996, ch.1, p. 29).

Soit que l’on supprime purement et simplement le problème en décidant d’un one best way présumé —« le moindre effort pour le seul résultat satisfaisant » —, qui supprime la recherche d’autres moyens adéquats aux fins qui font problème. Est-il question de problèmes de gestion dans l’entreprise, la solution tombe aussitôt : « restructurons ! », qui rappelle l’ancien « augmentons les prix, baissons les salaires ! ». Enregistre-t-on un taux ennuyeux d’échec et d’abandon à la sortie de telle formation pour public en insertion, l’explication est toute prête : le public est défectueux ; et la solution toute indiquée : contrôlons l’entrée plus qualitativement, lire : sélectivement… Là encore, il s’agit d’appliquer, mais avec cet avantage que le one best way est tout économique : il dispense de chercher. C’est une traduction du principe des minima ou de moindre action. Ce principe initialement formulé et consacré par les sciences naturelles pour sa considérable fécondité dans les applications énergétiques, étend ainsi son emprise de l’objet naturel ou mécanique à l’organisation sociale et ses supports de communication : L’organisation doit être « optimum », nécessitant un minimum d’énergie entrante pour une production maximale sortante, suivant en cela l’exemple naturel, qui émerveilla DARWIN, de « l’architecture des abeilles  : une organisation absolument parfaite » pour stocker un volume de miel donné dans un minimum de cire et avec un minimum de travail. De là que le principe de moindre action est associé au modèle énergétique, du nom d’une discipline qui devait imposer sa vision à toutes les sciences de l’ingénierie : l’énergétique est en effet la discipline scientifique qui a pour objet « l’étude des processus de transformation de matière en énergie et d’énergie en matière, processus à priori identifiables et quantitativement évaluables » (LE MOIGNE, dans LE MOIGNE et BARTOLI, 1996, ch.1, p. 32)

Rattaché à ce cadre de référence énergétique, la légitimité du modèle applicationniste est à l’évidence bien plus contestable quand il s’agit non plus de reproduire mais de concevoir et de produire ; intenable même, et sur plusieurs points. 

Du point de vue anthropologique, l’homme n’est pas l’abeille. « Ce qui fait la supériorité de l’architecte le plus médiocre sur l’abeille la plus experte, rappelle K. MARX, souvent repris par J.-L. LE MOIGNE (idem), est qu’il construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche ». Et s’il en est ainsi, c’est que l’homme, « par le seul fait que sa conscience remplace l’instinct ou que son instinct est un instinct conscient », est un « être générique » : il est capable de finaliser ses activités. Sa vie, à la différence de l’animal, n’est pas seulement faite d’activités dans la nature (par exemple chasser), mais bien plus d’actions sur la nature, qui sont des « activités d’appropriation de la nature » (confectionner l’outil de chasse). C’est en produisant « ses moyens d’existence » que l’homme advient. Non plus animal actif, mais homme productif de l’outillage, de l’organisation, des techniques, de tous les artefacts et symboles qu’il conçoit « du dedans […] sous forme d’image intérieure, de besoin, d’impulsion et de fin »K. MARX, Introduction générale à la critique de l’économie politique (1857), dans K. MARX, Philosophie, édition établie et annotée par M. RUBEL, Gallimard, 1982, p. 458. C’est en cela qu’il est intelligent.

 Du point de vue théorique, toute transposition des lois physiques des transformations énergie-matière sur les processus sociaux d’organisation et de communication qui traitent, eux, de l’information et de l’organisation est un « non-sens » selon le mot de G. BATESON (1972). Car si les transformations énergie-matière peuvent s’accorder avec le principe énergétique de moindre action, c’est que leur nature physique est accessible à la connaissance scientifique qui peut en identifier les lois pour en contrôler les processus. Or, ce principe de commande et de contrôle, qui fonde les applications énergétiques sur le postulat de maîtrise de l’objet, est tout simplement inapplicable et impropre aux interactions information-organisation. L’objet y étant de l’ordre contingent du symbole et de la construction organisationnelle et non pas de l’ordre maîtrisable de la matière et de la production physique, elles ne peuvent s’accorder qu’avec un « principe d’action intelligente ». H.A. SIMON et A. NEWELL (1975) désignent par ce principe pragmatique, formulé à l’origine par J. DEWEY, l’action adaptative, par conception dans sa tête, d’une organisation adéquate au projet qu’on entreprend par ajustement de ses finalités aux demandes et limites de son environnement ainsi que perçues à travers les informations qui le décrivent. (LE MOIGNE, dans LE MOIGNE et BARTOLI, 1996, ch.1).

Or, du point de vue épistémologique, le modèle applicationniste est rien moins qu’antagonique du projet qu’il restreint d’emblée à une tension vers un objet nécessaire qui, spécifié en "objectif" flanqué de la "méthode" programmatique de sa réalisation, ne pose plus problème. Le problème devient l’exécution d’une solution donnée, dans une logique de nécessité qui censure l’intelligence parce que fermée à d’autres possibles, et à ce titre fatale au projet dont le propre est précisément la recherche ouverte sur le possible.

 Sans doute faut-il interroger, enfin, du point de vue politique (ou éthique, si l’on veut) le principe du one best way sur la nature du pouvoir de décision, et de la division du travail dont il procède entre ceux qui décident des besoins et des problèmes, en posant ou non la question de la satisfaction des premiers et de la résolution des seconds, ceux qui conçoivent les solutions, et ceux qui en assurent l’exécution. Il n’est que de rappeler la filiation directe de ce one best way au taylorisme, et de celui-ci au modèle énergétique, pour reconnaître à la  résolution des problèmes une dimension sociologique que n’épuisent pas ses aspects épistémologiques relatifs à la validité des connaissances et des solutions, et psychologiques relatif aux fonctionnement cognitif de l’intelligence. Et de ce point de vue, il n’est pas indifférent que l’ingénierie moderne intègre des thématiques qui, comme celles du « travail coopératif » ( D’HALLUIN, cours DEA, sciences de l’éducation, USTL, 1999-2000) et du « partenariat » (CLENET, 1999), notamment,  inscrivent au cœur du travail de l’ingénieur un rôle de mobilisation et de fédération des ressources de l’intelligence collective constituée en « équipe projet » autour de « représentations partagées » et conduite par un « pilotage partagé ».LE BOTERF G., De l’ingénierie de la formation à l’ingénierie des compétences : quelles démarches ? Quels acteurs ? Quelles évolutions, dans CARRE Ph. et CASPAR P., Traité des sciences et des techniques de la formation, Dunod, 1999

C’est qu’il n’y a de projet que projeté à partir d’un problème qui exprime l’intention d’un acteur individuel ou collectif de changer un état donné en un état plus satisfaisant pour lui.

  Le problème est « une méditation de l’objet par le sujet 

  qui prend toujours la forme du projet »

 

Un problème se construit donc par problématisation, c’est-à-dire par agencement sur le triple registre sémantique qui fait du mot problème un complexe de sens tenant à la fois, nous rappelle M. FABRE, des termes grecs : proballein qui signifie se jeter en avant, donc initiative, projet ; et  problema qui désigne d’une part ce qui est placé là devant, le bouclier, donc obstacle, difficulté ; et, d’autre part, le promontoire, la saillie, donc saillance, sens (FABRE, 1999).

De cet éclairage, on tiendra que problématiser n’est pas affaire de vision, qu’elle soit objective focalisée sur la réalité extérieure de l’objet, ou introspective centrée sur la vérité intérieure du sujet (B), mais dadaptation. Ce n’est que dans la relation sujet x objet que se configure en effet l’espace social, la teneur cognitive et le sens subjectif et intersubjectif du problème (B).

Ce n’est pas affaire de vision car les problèmes ne sont pas des objets naturels, existant d’abord comme tels dans la nature, et dont on constaterait par la suite la réalité, tantôt en cherchant bien pour les « trouver », tantôt, et beaucoup plus simplement, en en enregistrant l’évidence sur simple observation. Mais ce ne sont pas non plus des abstractions, produits de contemplation de "visionnaire", ou vues spéculatives de l’esprit qui croirait que… Ici et là, et à moins de considérer que la détermination des problèmes n’est pas tant une question de savoir relevant et dépendant de l’autonomie d’un sujet individuel ou collectif qui dit « j’ai un problème », qu’un fait de pouvoir dévolu aux uns de dire et de prescrire aux autres leurs problèmes et leurs besoins, on ne voit pas en effet ce qui fait que tel phénomène est un problème pour les uns et pas pour les autres, tel autre pour ceux-ci et pas pour ceux-là. Outre qu’il aboutit à l’opposition à ses deux extrêmes de deux thèses antinomiques : l’objectivisme et le subjectivisme qu’il supporte également, le postulat de la disjonction du sujet et de l’objet avère ici ce que le sacro-saint critère de "l’objectivité" qu’il fonde peut avoir de mystificateur au plan du discours idéologique et des pratiques sociales ; par exemple de « l’analyse des besoins » en formationCf. par exemple, BARBIER J.-M. et LESNE M., L’analyse des besoins en formation, Robert Jauze, 1977. . L’idée de faits objectifs transparents à une vision objective et établis par une raison objective ; l’objectivité, en un mot, n’est peut être pas finalement si objective (neutre) qu’elle le dit entre visions contradictoires et intérêts particuliers, ni si consubstantielle à la science (vraie) qu’on le dit. Et de fait, il est avéré et reconnu que le postulat cartésien de l’objectivité de la nature (objet inerte) est contredit par… la science elle-même, la biologie établissant, à l’inverse, que tous les être vivants sont « des objets doués de projets » dont l’expression primitive est la conservation et la multiplication de l’espèce (êtres dynamiques) (J. MONOD, 1970).

Entre, d’une part, le fait scientifiquement avéré de la projectivité de la nature (ou des systèmes vivants) —qui permet d’élaborer la connaissance des objets à partir de leurs fonctionnement téléologique en vue de…, pour que…, afin de…— et, d’autre part, le principe de son objectivité —n’autorisant qu’une connaissance de la structure des objets par les causes déterminantes qui font qu’ils sont ainsi faits—, la science choisira pourtant, au prix d’« une flagrante contradiction épistémologique », reconnaît honnêtement J. MONOD, non seulement de maintenir le postulat de l’objectivité mais, et de surcroît, de proscrire « toute connaissance élaborées en termes de causes finales, c’est-à-dire de "projet". »MONOD J., Le hasard et la nécessité, Seuil, 1970, p. 19 à 37

Sans raisons ni nécessité donc mais sur simple « convention », observe J.-L. LE MOIGNELE MOIGNE J.-L., Les épistémologies constructivistes. Un nouveau commencement. 1. Le constructivisme en procès, pp. 215-237, dans Sciences de la sociéte N° 40, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 1997, la science ou plutôt une certaine science, celle de « l’analyse » appliquée à la nature (SIMON, 1991), choisira de s’imposer et d’imposer « l’austère censure » du postulat de l’objectivité. Rien n’est scientifique, est-il décrété, qui ne soit conforme —ainsi que vigoureusement rappelé par l’Académie des sciences et le CADAS de l’Institut de France (dans Pour la science, juillet, 1996), aux deux registres de référence de « l’épistémologie classique » :

Le Discours de la méthode de R. DESCARTES (1637) fondant « le raisonnement analytique » sur les quatre préceptes 1. d’évidence, 2. d’exhaustivité, 3. de réduction (ou de division) et 4. de causalisme (ou de déterminisme)LE MOIGNE J.-L., La théorie du système général, PUF, 4ème édition augmentée, 1994

et les trois axiomes de la syllogistique d’Aristote fondant « la logique déductive » sur les principes 1. d’identité (ou de substance : une chose est ce qu’elle est, éternellement), 2. de non-contradiction (une chose ne peut être affirmée et niée en même temps)  et 3. du tiers exclu (une chose est ou affirmée ou niée) (LE MOIGNE, 1997, 1994)

Dans ce cadre de référence qui définit l’épistémologie positiviste, non seulement tout ce qui n’est pas connaissance d’objets réels au sens de posés à l’extérieur (positivisme), et en tant que tels présumés à la fois évidents et causés ou déterminés (causalisme ou déterminisme) n’est pas scientifique, mais tout ce qui n’est pas de l’ordre non plus de la structure mais du mouvement et du fonctionnement, non plus de l’objet mais du projet, non plus du raisonnement logique mais de l’intelligence pratique, non plus de l’analyse mais de la synthèse et de la conception, non plus de l’explication par « la cause efficiente » mais de la compréhension et de l’intelligibilité par  « la cause finale », non plus du vrai et du nécessaire mais du plausible et du possible…, bref, tout cela qui n’est pas connaissance d’objets naturels ou réifiés en objets simplifiés par division et rationalisation est non ou anti-scientifique.

Au regard de tant de restrictions simplificatrices et exclusives, et donc apprauvrissantes parce que excluant non seulement « l’incertain, l’imprécis, l’ambigu, le paradoxe, la contradiction, mais [aussi] l’être, l’existence, l’individu, le sujet [13] MORIN E., La méthode, 2. La vie de la vie, Seuil, 1980, p. 390, n’a-t-on pas quelques raisons de penser que, le plus souvent, nous ne référons pas notre connaissance de la notion d’objectivité pas plus que nous ne conformons l’usage que nous en faisons à ces canons de l’épistémologie positiviste. Ne référons-nous pas plutôt à l’exigence communément admise d’une rigueur intellectuelle telle qu’on puisse poser les problèmes correctement et assurer de crédibilité ou de fiabilité satisfaisante les connaissances et les réponses que nous produisons ce faisant ? En tout cas, au sens de l’exigibilité de cette rigueur de la pensée contre les fantaisies narcissiques, le romantisme subjectiviste, le délire solipsiste, le charlatanisme.., en référence donc à l’esprit qui l’exerce, c’est-à-dire à un « raisonnement qualitatif »Son critère de validité et de modélisation n’est pas le formalisme logico-mathématique, mais le « bons sens des raisonnements quotidiens » visant « à découvrir de nouvelles possibilités, des améliorations de celles atteintes auparavant ». Leur qualité tient à leur « rationalité comme adaptation évolutive », rationalité téléologique donc ; et à leur vertu heuristique : « la résolution c’est la recherche », et « la recherche c’est la finalité ». Concept développé par un collectif de chercheurs dont H. A. SIMON, notamment, et présenté par J.-L. LE MOIGNE et J.-A. BARTOLI (LE MOIGNE et BARTOLI (ed.), 1996, ch.4, p.84) et non pas aux propriétés de l’objet sur lequel il s’exerce, l’objectivité est une exigence assurée par les épistémologies constructivistes et dialectiques sans nul besoin d’astreindre le raisonnement à la seule logique déductive, ni de réduire la connaissance à la seule analyse des objets, ni de rejeter hors la science la compréhension de la complexité et la construction des projets, avec l’avantage de la cohérence en prime. Car en substituant à la disjonction, légèrement postulée de l’épistémologie positiviste, le socle autrement plus assuré et assumé de l’interaction sujet x objet, le référentiel constructivisteSur ce point le texte de référence de J. PIAGET, Les courants de l’épistémologie scientifique contemporaine, pp.1225-1271, dans PIAGET J. (ed.), Logique et connaissance scientifique, La pléiade, Gallimard, 1967. peut supporter la validité d’une autre science. Une « science de l’ingénierie », celle-là, qui inclut ce que la science de l’analyse exclut : les constructions façonnées par le travail finalisé des hommes et pas seulement les phénomènes naturels. H.-A. SIMON désigne ces constructions, dans un texte fondateur, du terme « artificiel » entendu au sens non connoté de « fait par l’homme, par opposition à naturel » :

« Que l’on parle de "synthèse" ou "d’artifice", on est dans les deux cas dans le domaine de l’ingénierie… Nous parlons en général "d’ingénierie" lorsque nous considérons les "synthèses" et plutôt de "sciences" lorsque nous considérons les "analyses". Les objets artificiels conçus pour avoir a priori des propriétés désirés constituent l’objectif central de l’activité et de l’expertise en ingénierie - l’ingénieur est concerné par la façon dont les objets devraient être, afin d’atteindre leurs buts et de fonctionner. Aussi une sciences de l’artificiel devra être étroitement apparentée à une science de l’ingénierie – mais très différemment de ce l’on entend couramment sous le nom d’ingénierie scientifique ( la différence étant contenue dans l’opposition entre "le management scientifique" de Taylor et "les sciences du management", par exemple, selon une note du traducteur) »H.-A. SIMON, Sciences des systèmes, sciences de l’artificiel (1969), trad. Française de J.-L. LE MOIGNE, Dunod, 1991, p. 4,5

Dans ce cadre, on est fondé à parler d’interactivité plutôt que d’objectivité, et à problématiser en termes d’adaptation plutôt que de vision. Car l’adaptation est précisément affaire d’interaction sujet x objet gouvernée par un principe dialectique d’équilibration. Il s’agit à la fois d’adapter son objet à ses finalités par assimilation et de s’y adapter en y adaptant son comportement par accommodationPIAGET J., La psychologie de l’intelligence, Armand Colin, 1967, p. 14 et suivant.. Et de ce point vue, il n’y a de problème que construit par conception cognitive, dans la tête d’un acteur individuel ou collectif, qui ressent le problème comme un écart entre un objet ou une situation tels qu’ils sont, et ce qu’ils pourraient ou devraient être selon le sens qu’ils ont pour lui, les intérêts qu’il leur porte. Ce qui fait problème, ce n’est pas tant la solution que la recherche de la solution, autrement dit l’écart qu’il faut couvrir, le trajet qu’il faut parcourir, le manque qu’il faut combler, bref, les moyens qu’il faut mobiliser, construire, inventer relativement aux finalités qu’on s’est données. Et c’est cela la problématisation : l’acte mobilisateur par lequel l’ingénieur fait projet de son problème, sur le modèle de cette science que G. BACHELARD fondait sur « la méditation de l’objet par le sujet qui prend toujours la forme du projet ». Traduction pédagogique de J.-L. LE MOIGNE, qui vaut sans doute devise pour l’ingénieur : 
        « Si l’on vous dit : tel problème, répondez : quels projets ? »[illustré par une série de « paraboles » dans LE MOIGNE J.-L., La modélisation des systèmes complexes, Dunod, 1995

Définie en première approximation par sa méthode : méthodologie de la problématisation, on en vient ainsi à définir l’ingénierie moderne, en deuxième approximation, par ses fonctions : concevoir, construire, conduire des projets relatifs à un système de référence ( professions, industrie, production…) d’où ; en troisième approximation, une définition par son objet : sciences des systèmes, sciences de la conception de « systèmes complexes actifs dans des environnements complexes » (SIMON, 91)

Ainsi, un système de formation se construit en référence à un projet éducatif moyennant une ingénierie éducative. Nous proposons d’entendre « l’ingénierie éducative » au sens générique pour désigner, en amont et en aval et entre-deux, les manières de penser, de procéder et de faire, c’est-à-dire les méthodologies qui s’ingénient à mobiliser des ressources fédérées, et à les organiser ensuite de manière à produire des résultats satisfaisant les finalités éducatives du projet.

« Ingénierie sociale » autour d’ « objectifs d’évolution » relevant de visées sociales ou économiques  ; ingénierie de l’adéquation formation-emploi construisant des partenariats cohésifs métiers/enseignement ; « ingénierie de l’alternance »CLENET J., Pour une ingénierie de l’alternance, dans Education, oct.-nov. 1995 ; ingénierie des formations ouvertes, ingénierie de la formation, ingénierie pédagogique, ingénierie didactique, ingénierie didactique professionnelle…, (LE BOTERF ; CARRE, CLENET, D’HALLUIN, POISSON ; PASTRE, dans CARRE et CASPAR, 1999), apparaissent alors comme autant de déclinaisons correspondant à différents temps et différents espaces de construction de l’ingénierie du projet éducatif : de la décision axiologique au plan politique et socioprofessionnel des négociations partenariales, aux modalités pratiques de l’organisation administrative et financière, d’une part, et de la conduite pédagogique au plan didactique, de l’apprentissage, de la validation et …de l’évaluation, d’autre part.   

  Conclusions  

De ce que nous venons d’en dire, nous retiendrons que l’ingénierie n’est pas une technique, une science appliquée qui applique à des objets des connaissances et des procédures produite par d’autre sciences dites fondamentales, elles. L’ingénierie est une méthodologie : la méthodologie des sciences constructivistes qui se fondent sur la dialectique de l’interaction sujet x objet. En tant que telle, elle s’inscrit dans une perspective alternative à l’analyse en tant que méthodologie des sciences positivistes qui postulent, elles, la séparation du sujet et de l’objet. Autrement dit, ingénierie et analyse sont deux méthodologies transversales à toutes les sciences.

En l’admettant, notre conclusion serait alors qu’on peut parler de sciences de l’éducation, sciences de l’analyse qui appliquent à un objet-éducation des connaissances produites ailleurs pour l’expliquer et le faire fonctionner. Et on peut parler de sciences de l’éducation, sciences de l’ingénierie qui conçoivent les projets éducatifs, construisent les systèmes de formation, conduisent l’action résolutoire des problèmes de l’éducation et … produisent, ce faisant, les savoirs et les compétences nécessaires qu’impliquent ces fonctions.

Faut-il parler alors de nouvelles sciences de l’éducation ou encore d’une science de l’éducation tout court ? Ou ne vaut-il pas mieux conclure que les deux options sont légitimes sauf à légitimer son choix ?

 

 

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Abderrahim KENAISSI

La relation formation-emploi entre déterminations socioéconomiques et construction ingénieurale

Mémoire de DEA Sciences de l’éducation

 Université des Sciences et Technologies de LILLE ,  Lille, septembre 2000

 

 

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  Bibliographie  

 

Ressources sur le Web

   

Le site de référence. A voir absolument !

 

  Le site Web du "Programme Européen de Modélisation de la Complexité", MCX 
(et de ses groupes de travail) et de l'"Association pour la Pensée Complexe", APC


    mcxapc.org   
www.mcxapc.org

 

 

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